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14/04/2011

MAKING-OF DE GEMINI

Peut-on faire le making-of d'un livre ? Il semblerait que oui. La preuve plus bas. Je vous laisse savourer mon petit délire personnel pour celui de GEMINI

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Audition des personnages (le couple de vacanciers) pour le premier chapitre de Gemini.


Une salle d’attente bondée. Une porte fermée sur laquelle est collée une plaque sobre, portant comme inscription « Marie Fontaine ». En-dessous, une feuille volante a été scotchée, qui indique « Auditions Gemini ». La porte s’ouvre, apparaît une femme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux noirs bouclés, portés mi-longs, simplement vêtue d’un jean et d’une tunique à fleurs d’esprit hippie. L’écrivain… Elle s’avance, sa voix douce s’adresse aux personnes présentes : « Bonjour ! Merci d’être venus si nombreux ! Je vais vous recevoir par ordre d’arrivée, comme chez le docteur. » Elle retourne dans son bureau, s’installe confortablement dans son fauteuil à roulettes, prend une feuille vierge et un stylo.


MF : Aux premiers de ces messieurs-dames !

Entre un couple.

MF : Inutile d’aller plus loin, vous êtes beaucoup trop jeunes ! Merci de vous être déplacés. Désolée…
Le jeune homme : C’est toujours pareil ! Trop jeunes ! Faut pourtant bien qu’on commence un jour : on débarque pas dans la vie avec une tonne d’expérience toute faite…
MF : Je sais bien. Mais là, non, j’ai vraiment besoin de personnages beaucoup plus mûrs. Laissez-moi vos coordonnées. Je tâcherai de voir parmi mes collègues s’il n’y en a pas un qui cherche des très jeunes comme vous.
La jeune femme : Ouais, des promesses, toujours des promesses… Allez viens Roméo, on n’a plus rien à faire ici.
MF : Aux suivants !

Entrent deux hommes, la quarantaine grisonnante. Le premier de taille moyenne, plutôt sec. Le second est très beau.

Le premier homme : Bonjour madame ! Voici la « belle » (il désigne son compagnon) ! Quant à moi, je ne suis que la « bête »…
Le deuxième homme : Oh, mon Jeannot ! Tu sais très bien que c’est moi, la « bête »…
Le premier : Peut-être, Jean… Mais à mes yeux, tu es si « belle » !
MF : Bête ou belle, là n’est pas la question ! J’ai besoin d’un couple hétéro.
Le premier : Encore cette discrimination !
MF : Pas du tout ! Apprenez monsieur, qu’il n’y a pas plus tolérante que moi ! Seulement, c’est mon roman et j’ai décidé, depuis très longtemps, que ce couple serait hétéro. Un point c’est tout. Comme je ne compte pas arrêter d’écrire, vous avez encore toutes vos chances. Alors à une prochaine fois, promis !
Le premier : Eh bien soit ! Le temps des hommes est de l’éternité pliée… Nous pouvons encore attendre. Mais n’oubliez point que le poète se souvient de l’avenir. Alors tâchez de tenir votre promesse.
MF : Aux suivants !

Entre un couple, lui autant qu’elle, en surcharge pondérale, pour ne pas dire obèses.

Lui : Bonjour madame Fontaine ! J’espère bien que vous allez nous prendre ! Depuis que not’ daron, ce bon monsieur Frédéric, a cassé sa pipe, c’est chaudard pour ma Berthe et moi !
Elle : Hélas oui, madame ! Et je dirai même plus : mon Béru et moi, on s’fait tartir grave ! On a plus que la gamberge pour passer l’temps. Et tout l’monde sait que la gamberge, c’est pas du tout bonnard pour la santé. On a même plus goût au radada… Quel gâchis. Pensez donc : avoir cette armoire, ce balaise, ce mahousse, ce mailloche, ce mastar ! Et rien ! Nib ! Que t'chi ! Je me sens bien seulâbre la nuit au fond de mon pucier…
Lui : Ma Berthe, pardon ! T’es la plus belle des greluches ! N’importe quel gonze tomberait en pamoison devant ton valseur et tes roploplos d’anthologie ! Mais que veux-tu, il est comme cassé mon polduk. Sans monsieur Frédéric, rien à faire, c’est plus pareil.
MF : Bon… vous auriez pu faire l’affaire, mais finalement, non. Je vous trouve un poil trop vulgaires.
Lui : Vulgaires ? Vulgaires ? On a des gueules de vulgaires ? Ah madame ! Vous avez rien dans le palpitant à remuer ainsi le cure-dents dans la plaie ! Ça me glace le bide ce que vous nous dites… Me reste plus qu’à aller écluser un bon coup de jaja pour le réchauffer. Allez, viens ma Berthe, on a plus qu’à s’esbigner…
MF : Aux suivants !

Entrent une grenouille et un bœuf.

MF : Vous êtes parfaits ! Mais, hélas, pas pour cette scène-là ! Vous n’intervenez que vers la fin du roman. Vous avez dû vous tromper dans les dates d’audition…
La grenouille : Encore un coup de notre manager ! Quel nul ! Il me gonfle ! Il me gonfle…
MF : De grâce, attendez encore un peu avant d’éclater ! Aux suivants !

Entre un couple, lui et elle très distingués.

Elle : Bonne nuit. Je pars…
Lui : J’arrive…
Elle : Les écureuils étaient si tristes ce matin au Bois de Boulogne…
Lui : Tu ne me vois pas mon amour.
Elle : Je te vois, je te hais tant !
Lui : Moi non plus !
MF : Aux suivants ! Madame, monsieur, bonne nuit ! Arf ! C’est contagieux votre absurdité !

Plus personne ne vient. Marie Fontaine sort. Dans la salle d’attente, il n’y a plus qu’un couple. Le cœur de l’auteur s’accélère. Ce sont eux. Aucun doute. Parfaits !

MF : Vous n’entrez pas ?
Lui : Euh, pardon … On n’est pas venus pour l’audition. On avait rendez-vous avec le dentiste qui a un bureau à côté du vôtre. Sa salle d’attente était pleine, alors on est venus s’asseoir ici pour attendre. Ça vous dérange pas au moins ?
MF : Absolument pas ! Au contraire… Vous seriez parfaits comme personnages pour le début de mon histoire. Ça vous dirait d’être les premiers à entrer en scène dans l’incipit ?
Elle : L’inci… quoi ? Vous pouvez parler français madame ?
MF : Oh, excusez-moi ! L’incipit, c’est le début, tout simplement… Alors, dites-moi, ça vous tente ?
Lui : Ben voyez-vous, j’ai très mal à une dent. Je préfèrerais que le dentiste la soigne et qu’on puisse continuer notre voyage vers le sud.
MF : En vacances ?
Lui : Oui ! On a une mignonne petite location à LLoret del Mar.
MF : De mieux en mieux ! C’est trop beau comme coïncidence ! Allez dites oui ! Je vous promets qu’en faisant de vous mes premiers personnages, tous vos soucis disparaîtront ! Adieu rage de dent ! J’ai le pouvoir de vous offrir une tranquillité… éternelle… Vous allez devenir célèbres ! Immortels !
Lui : (s’adressant à sa femme) Ma grosse, je sens qu’on va peut-être le regretter mais quelque chose me dit d’accepter. T’en penses quoi ?
Elle : (s’adressant à son mari ) J’en pense qu’on devrait accepter… Tu te rends compte ? On pourrait devenir des stars !
Lui : (s’adressant à MF) Ce que femme veut… C’est d’accord alors !
MF : Yes ! Venez dans mon bureau. Vous n’aurez plus qu’à lire et signer le contrat, il n’attend plus que vous…

La porte du bureau se referme derrière eux. La première page du roman s’ouvre…


© Marie Fontaine

16:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gemini, humour