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15/07/2011

LA FORET DE BONZAÏS



bonzaï, littérature, auteur




S’enfermer dans son monde intérieur, le temps que dure l’inspiration, quelques secondes, minutes, heures ou jours, pour à l’instar de Kafka, « être littérature, n’être que littérature ». Pour donner, comme il le dit si bien ce « coup de hache dans la mer gelée qui est en nous ». Durant ce temps, nous quittons le monde humain, nous devenons simple médium, simple canal de transmission des mots. C’est dire la suprématie du texte écrit sur la personne qui l’écrit.


Mon nom ne sera jamais plus gros que le titre de mes ouvrages. Car telle une mère ayant mis au monde un enfant, je m’efface peu à peu pour les laisser vivre leur vie. J’ai confiance en eux. Je sais qu’ils ont suffisamment de force, de vie et de foi en eux, pour se détacher de moi et exister par leurs propres moyens. Je n’ai nulle envie de les voir pousser à l’ombre de mon nom d’auteur. Les mots sont du soleil. De lui seul ils tirent leur force brûlante, capable de porter l’âme jusqu’à son plus haut point d’incandescence.



Mes livres ne pousseront sans doute jamais au milieu de ces gigantesques forêts de baobabs, savamment entretenues par les grandes maisons, les « majors », judicieusement balisées, banalisées, pour être sûrs que vous ne raterez aucun de leurs arbres si hauts. Au cas où malgré tout, vous feriez preuve d’un minimum de réticence, vous serez rapidement rappelés à l’ordre et regagnerez sagement la file des acheteurs guidés par cette étoile qui brille au loin, impossible à rater à moins d’être aveugle : le nom de l’auteur à succès.


Je n’appartiendrai sans doute jamais à ce milieu factice, et ce n’est pas plus mal. Ainsi je pourrai rester vraie. Ainsi j’échapperai à la malédiction, pour ne pas dire dictature, du « trop » :



« Tas lu le dernier Machin ?
- Ouais !
- Et alors ?
- Ben il est trop bien !
- Oui, mais encore ?
- Ben c’est une trop belle histoire ! »

Dialogue ordinaire d’un quotidien ordinaire qui ferait sur-le-champ mourir de désespoir un Cyrano de Bergerac, grand bretteur devant l’éternel, capable de pourfendre de son sens de la répartie le cuistre outrecuidant, incapable de trouver meilleur adjectif pour qualifier son nez que... « grand ! » Si l’on insiste malgré tout, pour tenter de soutirer une palette d’impressions un peu plus riches, un peu plus nuancées, à celui qui a lu le dernier Machin, il portera sûrement sur nous un regard affolé, implorant, à la signification sans équivoque : « Mais qu’est-ce que tu me veux à la fin ? Que je pense ? »


Oui lecteur, exactement. J’aimerais que tu penses. Ainsi tu ouvrirais ton esprit à une autre catégorie d’auteurs qui fleurissent bien loin des sentiers que tu as coutume de parcourir, uniquement parce que l’on t’a dit que c’étaient ceux-là qu’il fallait parcourir. Leurs livres, à côté des baobabs qui sont ton ordinaire, peuvent sembler de misérables bonzaïs. Pourtant, as-tu déjà regardé de très près un bonzaï  ? As-tu remarqué sa délicatesse, sa beauté, sa spiritualité ? As-tu senti cette sève miraculeuse qui coule jusqu’à la pointe de ses feuilles ?



N’hésite plus Ô lecteur, à emprunter d’autres voies. N’hésite plus à te perdre, c’est le meilleur moyen de te trouver. Un livre ne doit pas tomber dans ton ventre déjà mâché, prédigéré. Il se gagne de haute lutte. L’éditeur José Corti l’avait bien compris qui proposait des ouvrages dont les pages étaient à découper. Ainsi chaque lecteur s’appropriait « son » livre, par cet acte hautement symbolique de déchirer lui-même ses pages, avant de pouvoir consommer sa lecture. Jamais le mariage entre le livre et son lecteur ne fut à ce point fusionnel... Aujourd'hui, devant la vacuité littéraire devenue la norme, beaucoup sont prêts à baisser les bras. Mais je veux encore y croire ! Il n’est pas trop tard pour relever le niveau. Il suffit d’en avoir la volonté. Il suffit de faire le premier pas vers l'autre, vers le différent... mais délicatement, avec attention : car l'on ne parcourt pas une forêt de bonzaïs de la même façon qu’une forêt de baobabs.



© 2011 Marie Fontaine

27/03/2011

Je me sens coupable...

Je me sens coupable... (à la façon D'Hubert-Félix Thiéfaine)

Tableau : Madeleine pénitente à la flamme filante, de Georges de la Tour, vers 1640.


madeleine-penitente-a-la-flamme-filante.jpg





Je me sens coupable d’être née morte un matin glacé de janvier 62 et d’avoir finalement refusé de retourner dans les limbes de l’outre-monde d’où je venais ; d’avoir permis à mes poumons d’ouvrir leurs alvéoles à l’élément aérien ; d’avoir, à partir de ce jour, fait tomber devant mes yeux le rideau rose du bonheur.

Je me sens coupable d’avoir grandi dans un monde qui avait si chaud qu’il a jeté aux orties son manteau d’humanité ; un monde dont les yeux ne s’ouvrent que sur ce qui brille ; un monde dont le cœur ne bat que pour l’orgie sanctifiée de la consommation.

Je me sens coupable d’avoir cédé à l’onctuosité d’un optimisme consolateur ; d’avoir cru que tout allait très bien dans le meilleur des mondes ; d’avoir cru en la vie au point de la donner trois fois, alors même qu’un premier nuage de poussières mortelles passait au-dessus de nos têtes.

Je me sens coupable d’avoir élevé mes enfants en gentilshommes, pour ensuite les donner en pâture à la gueule des requins actionnaires du vivant ; de leur avoir enseigné à penser sur cette terre d’où la pensée a depuis longtemps déserté ; d’avoir partagé avec eux les derniers lambeaux de mon rideau rose.

Je me sens coupable de leur avoir appris à ne pas céder au chant des sirènes des marques, le seul vêtement qui convienne à nos corps étant celui du bien être ; de leur avoir inculqué le sens de l’observation, de l’attention, de la patience, dans une société qui ne tient pas en place et ne jure plus que par l’éphémère ; d’avoir fait d’eux des étrangers.

Je me sens coupable d’avoir un jour poussé la porte du premier supermarché qui a fleuri sur le sol de ma commune ; geste anodin mais qui, multiplié à l’infini, a fait sauter le couvercle de la boîte de Pandore, dans l’indifférence la plus totale ; geste innocent qui nous a tous précipités dans le gouffre béant de la consommation. Je me sens coupable d’avoir assassiné le petit commerçant qui me disait « Bonjour ! », le sourire aux lèvres.

Je me sens coupable d’avoir les bras coupés et la langue arrachée, quand ma mère la terre hurle sa souffrance et son désespoir ; j’ai cru avec elle que mes frères humains auraient appris de leurs erreurs et gagné suffisamment en sagesse pour ne pas les répéter ; j’ai cru en l’avenir.

Je me sens coupable d’être humaine, d’appartenir à cette race ignoble qui ne s’arrêtera que lorsque ses yeux ne verseront plus que des larmes de cendre ; que lorsque les couleurs de la vie auront complètement disparu à la surface de notre planète ; mais il sera alors trop tard.

Je me sens coupable…

Nous sommes tous coupables.

© Marie Fontaine

18/03/2011

FUKUSHIMA : le journaliste Michel Bernard crie sa colère.

Michel Bernard est journaliste à la revue Silence, un mensuel alternatif et écologiste lyonnais. Il a écrit ce texte limpide qui connait un succès foudroyant sur le web, dépassant largement les cercles écologistes habituels. Pour un éveil des consciences et l'entrée de la France dans un débat sérieux sur le nucléaire.

Pour lire son cri de colère, cliquer sur ce lien.


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Source Photo : L'EXPRESS.fr