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29/04/2011

ARTICLE SUR GEMINI PARU DANS LE MIDI LIBRE DU 17/04/2011

CLIQUER ICI pour le lire...



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14/04/2011

MAKING-OF DE GEMINI

Peut-on faire le making-of d'un livre ? Il semblerait que oui. La preuve plus bas. Je vous laisse savourer mon petit délire personnel pour celui de GEMINI

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Audition des personnages (le couple de vacanciers) pour le premier chapitre de Gemini.


Une salle d’attente bondée. Une porte fermée sur laquelle est collée une plaque sobre, portant comme inscription « Marie Fontaine ». En-dessous, une feuille volante a été scotchée, qui indique « Auditions Gemini ». La porte s’ouvre, apparaît une femme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux noirs bouclés, portés mi-longs, simplement vêtue d’un jean et d’une tunique à fleurs d’esprit hippie. L’écrivain… Elle s’avance, sa voix douce s’adresse aux personnes présentes : « Bonjour ! Merci d’être venus si nombreux ! Je vais vous recevoir par ordre d’arrivée, comme chez le docteur. » Elle retourne dans son bureau, s’installe confortablement dans son fauteuil à roulettes, prend une feuille vierge et un stylo.


MF : Aux premiers de ces messieurs-dames !

Entre un couple.

MF : Inutile d’aller plus loin, vous êtes beaucoup trop jeunes ! Merci de vous être déplacés. Désolée…
Le jeune homme : C’est toujours pareil ! Trop jeunes ! Faut pourtant bien qu’on commence un jour : on débarque pas dans la vie avec une tonne d’expérience toute faite…
MF : Je sais bien. Mais là, non, j’ai vraiment besoin de personnages beaucoup plus mûrs. Laissez-moi vos coordonnées. Je tâcherai de voir parmi mes collègues s’il n’y en a pas un qui cherche des très jeunes comme vous.
La jeune femme : Ouais, des promesses, toujours des promesses… Allez viens Roméo, on n’a plus rien à faire ici.
MF : Aux suivants !

Entrent deux hommes, la quarantaine grisonnante. Le premier de taille moyenne, plutôt sec. Le second est très beau.

Le premier homme : Bonjour madame ! Voici la « belle » (il désigne son compagnon) ! Quant à moi, je ne suis que la « bête »…
Le deuxième homme : Oh, mon Jeannot ! Tu sais très bien que c’est moi, la « bête »…
Le premier : Peut-être, Jean… Mais à mes yeux, tu es si « belle » !
MF : Bête ou belle, là n’est pas la question ! J’ai besoin d’un couple hétéro.
Le premier : Encore cette discrimination !
MF : Pas du tout ! Apprenez monsieur, qu’il n’y a pas plus tolérante que moi ! Seulement, c’est mon roman et j’ai décidé, depuis très longtemps, que ce couple serait hétéro. Un point c’est tout. Comme je ne compte pas arrêter d’écrire, vous avez encore toutes vos chances. Alors à une prochaine fois, promis !
Le premier : Eh bien soit ! Le temps des hommes est de l’éternité pliée… Nous pouvons encore attendre. Mais n’oubliez point que le poète se souvient de l’avenir. Alors tâchez de tenir votre promesse.
MF : Aux suivants !

Entre un couple, lui autant qu’elle, en surcharge pondérale, pour ne pas dire obèses.

Lui : Bonjour madame Fontaine ! J’espère bien que vous allez nous prendre ! Depuis que not’ daron, ce bon monsieur Frédéric, a cassé sa pipe, c’est chaudard pour ma Berthe et moi !
Elle : Hélas oui, madame ! Et je dirai même plus : mon Béru et moi, on s’fait tartir grave ! On a plus que la gamberge pour passer l’temps. Et tout l’monde sait que la gamberge, c’est pas du tout bonnard pour la santé. On a même plus goût au radada… Quel gâchis. Pensez donc : avoir cette armoire, ce balaise, ce mahousse, ce mailloche, ce mastar ! Et rien ! Nib ! Que t'chi ! Je me sens bien seulâbre la nuit au fond de mon pucier…
Lui : Ma Berthe, pardon ! T’es la plus belle des greluches ! N’importe quel gonze tomberait en pamoison devant ton valseur et tes roploplos d’anthologie ! Mais que veux-tu, il est comme cassé mon polduk. Sans monsieur Frédéric, rien à faire, c’est plus pareil.
MF : Bon… vous auriez pu faire l’affaire, mais finalement, non. Je vous trouve un poil trop vulgaires.
Lui : Vulgaires ? Vulgaires ? On a des gueules de vulgaires ? Ah madame ! Vous avez rien dans le palpitant à remuer ainsi le cure-dents dans la plaie ! Ça me glace le bide ce que vous nous dites… Me reste plus qu’à aller écluser un bon coup de jaja pour le réchauffer. Allez, viens ma Berthe, on a plus qu’à s’esbigner…
MF : Aux suivants !

Entrent une grenouille et un bœuf.

MF : Vous êtes parfaits ! Mais, hélas, pas pour cette scène-là ! Vous n’intervenez que vers la fin du roman. Vous avez dû vous tromper dans les dates d’audition…
La grenouille : Encore un coup de notre manager ! Quel nul ! Il me gonfle ! Il me gonfle…
MF : De grâce, attendez encore un peu avant d’éclater ! Aux suivants !

Entre un couple, lui et elle très distingués.

Elle : Bonne nuit. Je pars…
Lui : J’arrive…
Elle : Les écureuils étaient si tristes ce matin au Bois de Boulogne…
Lui : Tu ne me vois pas mon amour.
Elle : Je te vois, je te hais tant !
Lui : Moi non plus !
MF : Aux suivants ! Madame, monsieur, bonne nuit ! Arf ! C’est contagieux votre absurdité !

Plus personne ne vient. Marie Fontaine sort. Dans la salle d’attente, il n’y a plus qu’un couple. Le cœur de l’auteur s’accélère. Ce sont eux. Aucun doute. Parfaits !

MF : Vous n’entrez pas ?
Lui : Euh, pardon … On n’est pas venus pour l’audition. On avait rendez-vous avec le dentiste qui a un bureau à côté du vôtre. Sa salle d’attente était pleine, alors on est venus s’asseoir ici pour attendre. Ça vous dérange pas au moins ?
MF : Absolument pas ! Au contraire… Vous seriez parfaits comme personnages pour le début de mon histoire. Ça vous dirait d’être les premiers à entrer en scène dans l’incipit ?
Elle : L’inci… quoi ? Vous pouvez parler français madame ?
MF : Oh, excusez-moi ! L’incipit, c’est le début, tout simplement… Alors, dites-moi, ça vous tente ?
Lui : Ben voyez-vous, j’ai très mal à une dent. Je préfèrerais que le dentiste la soigne et qu’on puisse continuer notre voyage vers le sud.
MF : En vacances ?
Lui : Oui ! On a une mignonne petite location à LLoret del Mar.
MF : De mieux en mieux ! C’est trop beau comme coïncidence ! Allez dites oui ! Je vous promets qu’en faisant de vous mes premiers personnages, tous vos soucis disparaîtront ! Adieu rage de dent ! J’ai le pouvoir de vous offrir une tranquillité… éternelle… Vous allez devenir célèbres ! Immortels !
Lui : (s’adressant à sa femme) Ma grosse, je sens qu’on va peut-être le regretter mais quelque chose me dit d’accepter. T’en penses quoi ?
Elle : (s’adressant à son mari ) J’en pense qu’on devrait accepter… Tu te rends compte ? On pourrait devenir des stars !
Lui : (s’adressant à MF) Ce que femme veut… C’est d’accord alors !
MF : Yes ! Venez dans mon bureau. Vous n’aurez plus qu’à lire et signer le contrat, il n’attend plus que vous…

La porte du bureau se referme derrière eux. La première page du roman s’ouvre…


© Marie Fontaine

16:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gemini, humour

05/04/2011

Une âme de secours (nouvelle de Marie Fontaine)

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Quand le radio-réveil sonna à 6 heures 30, envahissant crescendo la chambre de son alarme progressive, Théo était debout, chancelant, devant la porte-fenêtre entrouverte. Pour une fois, il n’avait pas quitté le monde du sommeil en douceur. Il grimaça : prendre soin de son cœur en lui évitant les sursauts, quelle importance désormais ? Quelque chose l’avait brusquement tiré de son lit au milieu de la nuit, une curiosité soudaine, une envie vaine, une folie : il voulait voir le soleil se lever. Trois ans plus tôt, il avait déjà guetté l’apparition de l’astre derrière le plateau du camp de César *. Admiré la magnificence sanguine de son élévation lente dans le gris du ciel. Lili était à ses côtés, amoureuse, comblée. Première nuit d’amour. Il savait que cela ne servirait à rien, cédait pourtant à la tentation de recréer ce souvenir dans l’espoir de ressentir auprès de lui la présence charnelle de la jeune femme, comme si elle vivait encore. Peut-être que s’il la retrouvait, même si ce n’était que dans le fruit de son imagination, il aurait moins peur.

J’ai mal. Les antidouleurs ne font plus leur effet. Le toubib avait raison. Ça va être de pire en pire. Autant arrêter tout de suite. Ne pas attendre qu’un putain de cancer de plus vienne s’inviter à la fête. Si seulement tu étais là, Lili. Si seulement… Je me sentirais moins seul, moins perdu.

Soutenu par ses béquilles, il essayait de lutter contre les vagues de douleurs lancinantes, devenues ses uniques compagnes quotidiennes. Il savait que s'il revenait sur sa décision, elles allaient gagner en puissance dans les jours à venir, jusqu’à atteindre le seuil de l’intolérable. Face à lui en arrière-plan, le soleil levant flottait en apesanteur au-dessus de la surface horizontale du camp, balayée sans relâche par la violence du Mistral. Un détail insolite capta son attention : quelques minuscules taches d’un vert sombre émaillaient par-ci, par-là, la nudité grisâtre des falaises abruptes de calcaire. De la végétation ? Voilà plus de cent ans qu’elle avait totalement déserté ce caillou aride ! Théo connaissait l'aspect de ce site archéologique envahi par les chênes verts, euphorbes, cistes, genévriers et autres espèces végétales typiques de la garrigue, mais uniquement sur de vieilles photographies.

Incroyable ! Les plantes recommencent à pousser sur les flancs du camp! Mais pourquoi ce cadeau « coup de poignard », justement aujourd’hui ? Pour que l’amertume des regrets vienne aussi me tenir compagnie ? Moi qui ne comptais partir qu’avec mes souvenirs… Merci mon Dieu.

Pure ironie que son remerciement. Il venait de passer le plus clair de son existence à râler contre la terrible colère qui avait un jour saisi ce dieu, cent cinquante ans auparavant. Du moins, c’est ce que les hommes de l’époque avaient prétendu, encore trop orgueilleux pour affronter leur propre responsabilité. Depuis, dans les pays riches, la condition humaine avait radicalement changé. Adieu progrès en médecine ! Adieu longue espérance de vie ! Adieu petit confort douillet ! Aujourd’hui, si l’on parvenait à passer le cap des vingt-cinq ans, on pouvait s’estimer heureux. Lui-même allait sur ses vingt-sept. Un exploit ! Lili n’avait pas eu cette chance : la mort l’avait emportée alors qu’elle venait tout juste d’entrer dans sa dix-neuvième année. Vaillamment, elle avait supporté les assauts de cinq cancers. Pour rester le plus longtemps possible auprès de Théo, qu’elle aimait par-dessus tout. Elle n’avait abdiqué que lorsque le sixième s’était déclaré. Brave petite Lili, elle ne pouvait donner meilleure preuve d’amour : la plupart des gens baissaient les bras au bout de trois cancers cumulés. Leurs lointains ancêtres disposaient d’armes médicales sophistiquées, capables de venir pratiquement à bout de tous ces crabes. Mais après la catastrophe, leur prolifération subite prit de court tous les gouvernements du monde occidental. Les soigner coûtant beaucoup trop cher, ils avaient fini par légaliser l’euthanasie. De deux maux, toujours choisir le moindre.

Comme si on avait le choix !

Pesant de tout son poids sur ses béquilles, il avança péniblement vers le lit. Ses jambes déformées avaient de plus en plus de mal à lui obéir. A bout de souffle, il se laissa tomber sur le bord du matelas, puis jeta un œil désolé – celui sans paupières qui restait toujours ouvert, et qui aurait pu lui aussi dans la tombe regarder Caïn - sur les photos qui encombraient sa table de chevet. Plusieurs d’entre elles représentaient Lili toute seule, d’autres Lili avec Théo. Une autre encore montrait les sourires de Théo et de ses quatre amis d’enfance. Eux non plus n’étaient plus de ce monde. Ugo, Cyril, Gabriel et Tom. Partis dans un mouchoir, au sortir de l’adolescence. Le Club des quatre et demi, comme ils se surnommaient - Gabriel était né sans jambes et sans bras -, unis comme les sept doigts de la main.

Et voilà. Je me retrouve tout seul. A part le toubib, personne ne sera là pour m’accompagner, m’apporter un peu de réconfort. Vous au moins, mes potes, vous avez pu compter sur moi…

Lili également avait pu compter sur lui. Il avait soutenu son regard jusqu’au bout, jusqu’au moment où le docteur avait commencé à injecter le liquide létal, jusqu’à l’instant où ses yeux s’étaient clos dans un sourire. Il aurait pu tendrement serrer ses mains dans les siennes, si seulement il en avait eu. Son propre départ était programmé à l’aube du surlendemain. Que ferait-il en attendant l’heure fatidique ? Probablement lire. Cela seul le faisait sortir hors de lui-même et oublier tous ses soucis. Avant, c’était Lili qui lui faisait la lecture à voix haute, c’était pratique. Après, il avait dû s’acheter un tourne-pages automatique. C’était pratique aussi.

Il reprit ses béquilles, se releva et alla vers son coin bibliothèque se choisir un livre. Le Faust, de Goethe. Son préféré. Il adorait l’histoire de cet homme qui avait vendu son âme au diable. C’est aussi ce qu’avaient fait ses congénères cent cinquante ans plus tôt. Ils avaient vendu leur âme, mais à quelque chose de bien plus terrible que Satan, car contrairement à Faust, on ne leur avait pas accordé une seconde chance, ils ne disposaient pas d’une âme de secours. En quête du pardon de leurs fautes, ils avaient eu beau ériger le plus magnifique des temples à la gloire des dieux sur le site même de la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, rien n’y faisait. Les entités demeuraient sourdes à leurs prières et à leurs vœux d’humilité, l’espèce humaine poursuivait inexorablement son déclin. Ils n’étaient plus que quelques milliers d’humains éparpillés sur la planète.

Théo poussa un fauteuil vers la porte-fenêtre, s’y installa confortablement et déposa sur ses cuisses le livre inséré dans le tourne-pages. Il avait conscience que les mots ne servaient à rien. Mais c’est justement ce qui les rendait si beaux. Sans doute étaient-ils la dernière beauté dont le monde pouvait se targuer. Pendant quelques minutes, il tenta de s’absorber entièrement dans sa lecture. En vain. Les infimes taches vertes de la vie revenue sur les falaises du plateau à l’horizon ne cessaient de le rappeler à leur attention. La vie. Du bout de son moignon il essuya une larme amère. Quel gâchis…


* Camp de César : ville antique de 18 hectares située sur un plateau calcaire dominant le couloir rhodanien. Commune de Laudun-l'Ardoise.

© Avril 2011 Marie Fontaine