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30/03/2011

POUR SUIVRE JOUR APRES JOUR L'EDITION DE GEMINI

Pour suivre l'évolution du processus éditorial de mon roman GEMINI,

qui paraîtra courant avril aux Editions Léda,

je vous invite à visiter le blog qui lui est consacré.

C'est par ici...



gemini, roman, policier

11:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, policier, gemini

27/03/2011

Je me sens coupable...

Je me sens coupable... (à la façon D'Hubert-Félix Thiéfaine)

Tableau : Madeleine pénitente à la flamme filante, de Georges de la Tour, vers 1640.


madeleine-penitente-a-la-flamme-filante.jpg





Je me sens coupable d’être née morte un matin glacé de janvier 62 et d’avoir finalement refusé de retourner dans les limbes de l’outre-monde d’où je venais ; d’avoir permis à mes poumons d’ouvrir leurs alvéoles à l’élément aérien ; d’avoir, à partir de ce jour, fait tomber devant mes yeux le rideau rose du bonheur.

Je me sens coupable d’avoir grandi dans un monde qui avait si chaud qu’il a jeté aux orties son manteau d’humanité ; un monde dont les yeux ne s’ouvrent que sur ce qui brille ; un monde dont le cœur ne bat que pour l’orgie sanctifiée de la consommation.

Je me sens coupable d’avoir cédé à l’onctuosité d’un optimisme consolateur ; d’avoir cru que tout allait très bien dans le meilleur des mondes ; d’avoir cru en la vie au point de la donner trois fois, alors même qu’un premier nuage de poussières mortelles passait au-dessus de nos têtes.

Je me sens coupable d’avoir élevé mes enfants en gentilshommes, pour ensuite les donner en pâture à la gueule des requins actionnaires du vivant ; de leur avoir enseigné à penser sur cette terre d’où la pensée a depuis longtemps déserté ; d’avoir partagé avec eux les derniers lambeaux de mon rideau rose.

Je me sens coupable de leur avoir appris à ne pas céder au chant des sirènes des marques, le seul vêtement qui convienne à nos corps étant celui du bien être ; de leur avoir inculqué le sens de l’observation, de l’attention, de la patience, dans une société qui ne tient pas en place et ne jure plus que par l’éphémère ; d’avoir fait d’eux des étrangers.

Je me sens coupable d’avoir un jour poussé la porte du premier supermarché qui a fleuri sur le sol de ma commune ; geste anodin mais qui, multiplié à l’infini, a fait sauter le couvercle de la boîte de Pandore, dans l’indifférence la plus totale ; geste innocent qui nous a tous précipités dans le gouffre béant de la consommation. Je me sens coupable d’avoir assassiné le petit commerçant qui me disait « Bonjour ! », le sourire aux lèvres.

Je me sens coupable d’avoir les bras coupés et la langue arrachée, quand ma mère la terre hurle sa souffrance et son désespoir ; j’ai cru avec elle que mes frères humains auraient appris de leurs erreurs et gagné suffisamment en sagesse pour ne pas les répéter ; j’ai cru en l’avenir.

Je me sens coupable d’être humaine, d’appartenir à cette race ignoble qui ne s’arrêtera que lorsque ses yeux ne verseront plus que des larmes de cendre ; que lorsque les couleurs de la vie auront complètement disparu à la surface de notre planète ; mais il sera alors trop tard.

Je me sens coupable…

Nous sommes tous coupables.

© Marie Fontaine

23/03/2011

Maître Capello ne mettra plus cent francs dans le nourrain.

Maitre-Capello-mort.jpg





Notre époque si noire ruine le beau mot,

Celui du bon aloi, goûté à pleine bouche.

Morte à jamais l'ère cultivée de Jammot,

De Chancel et Pivot, qui partageaient la couche

Louable d'une télévision bon enfant,

Dévouée cependant à hisser haut notre âme

Jusques aux confins bleus du savoir triomphant.

Là, brillait la culture au feu vif de sa flamme...

Aujourd'hui rien n'y fait, tout s'en va à vau-l'eau,

On jette le secret des mots aux oubliettes,

Vous allez nous manquer, cher Maître Capello !

Car la langue sans vous n'ira plus à la fête...


© Marie Fontaine