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26/01/2010

IL SERA...

ojo - Copie.jpg


Il sera des jours où l'eau bleue de mes yeux
Interrogera le néant oublieux
Du feu sacré d'un sourire abandonné,
Fossoyeur futur de mes espoirs mort-nés.

Il sera des heures où mes iris d'azur
Fouilleront les brumes de mon sang impur,
Où se noient les poussières de mes rêves,
Agonisant d'une impossible trêve.

Il sera des minutes brèves, lâches,
Où mon cœur resserrera ses attaches.

L'injuste douleur m'isole en moi-même,
Je voudrais espérer mais reste blême,
Crier, hurler, mais demeure impuissante
A vaincre cette torture incessante...

Pourtant

Il est des jours, des heures, des minutes,
Où le bien l'emporte de haute lutte
Sur le funeste qui voudrait me briser,
Sur la maladie qui ne veut rien miser
Sur le ciel et les étoiles de demain,
Sur le sable qui s'écoule entre mes mains...
Il est des minutes, des heures, des jours,
Où je renais dans l'oubli de ton amour,
Aux battements des artères de la vie,
Aux mystères de ma possible survie.

© Marie Fontaine

00:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poème

24/01/2010

LE CADEAU (première partie)

retrouvailles - Copie.jpg



LE CADEAU (première partie)

L'homme ne se retourna pas. Il savait très bien que derrière lui s'était refermée la porte de la prison, le rendant à la liberté. Dans son dos s'élevait vers les cieux la muraille grise, couronnée de barbelés, qui séparait deux mondes, qui les rendait sourds et aveugles l'un à l'autre. Il réprima un frisson. Chercha des yeux la voiture de sa fille.
Ce n'était pas un de ces petits matins tristes et froids, comme on en voit si souvent dans les films, cette grisaille du dedans qui s'évade et se prolonge au dehors, qui peine à s'arracher de la peau du détenu fraîchement libéré. Qui voudrait encore le retenir. Non. C'était au contraire un matin bleu et cristallin, à peine teinté du rose sanguin du soleil levant... Noir profond du goudron, blanc immaculé des lignes du parking, vert intense du feuillage des arbres, celui plus tendre des plates-bandes, kaléidoscope coloré de quelques voitures garées... Toutes ces couleurs explosaient et venaient stimuler les yeux de l'homme d'une aura irréelle. Il avait presque oublié qu'elles existaient. Sa gorge se serra au spectacle de cette symphonie visuelle que la vie lui offrait. Comme si au premier jour de sa libération, elle voulait lui pardonner d'avoir donné la mort.
Une Twingo orange s'arrêta devant lui. Avant même qu'il l'ait reconnue, les bras de sa fille se refermaient sur lui. Pas de mots entre eux. Pas encore...

Adam Dubosc découpa avec un soin minutieux un entrefilet paru dans le Régional Libre... L'automobiliste responsable de la mort de la petite Amélie D., condamné à huit ans de réclusion, dont cinq avec sursis, a été libéré. Rappelons qu'au moment des faits l'homme roulait en état d'ébriété... Toujours avec soin, il colla le morceau de journal sur la page d'un cahier où étaient répertoriés tous les éléments de l'affaire Amélie Dubosc. Sa fille... Il reposa le tube de colle et passa machinalement une main lasse dans la masse blonde de ses cheveux. Le monstre abject était dehors. Respirait. Alors que depuis trois ans son enfant tombait en poussière entre les parois capitonnées d'un cercueil, sous la dalle de marbre du caveau familial...

La chambre était petite. Un lit. Un chevet. Une armoire. Un couloir de moins d'un mètre de large autour du lit pour circuler.
« Ça ira très bien... Ne t'en fais pas... » dit l'homme en déposant sa valise sur le matelas. Son unique bagage. Contenant tout ce qu'il possédait.
Sa fille le regarda, un faible sourire sur les lèvres, encore étonnée de le voir bouger près d'elle, après une si longue absence.
« Tu es sûr que ça ira ? demanda-t-elle. Tu sais... c'est provisoire... en attendant de te trouver mieux...
- Mais c'est parfait ma chérie ! répondit le père. Après avoir connu les joies de la vie en cellule, n'importe quelle chambre peut sembler un vrai palace ! »
Il s'assit sur le lit et considéra, l'air amer, la photo encadrée posée sur le chevet.
« Tu y crois encore ? Tu sais qu'après le divorce je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles...
- Je sais papa... Mais ce n'est qu'une photo... Je l'aime bien, elle me rappelle de bons souvenirs ! Vous êtes si beaux, tous les deux, dessus...
- Étiez beaux... C'est fini tout ça... Fini... »
Un silence gêné tomba entre eux. Puis la jeune femme toussota. Elle posa une main compatissante sur l'épaule de son père. Il ne bougea pas.
« Je vais préparer le déjeuner... Je t'appelle quand c'est prêt... »
Il hocha faiblement la tête. Elle sortit précipitamment de la pièce, la tristesse au ventre, fuyant l'air confiné devenu irrespirable...

Adam jeta un coup d'œil à sa montre. Encore une demie-heure à attendre avant l'arrivée de ses premiers patients de l'après-midi. Plus que suffisant pour se relaxer un peu. Il allongea son grand corps sur le divan, réceptacle muet d'innombrables confessions intimes, et ferma les yeux. La venger. Il allait enfin pouvoir passer à l'action. Cette certitude, ce but avoué, l'avaient seuls maintenu debout durant le cauchemar des trois dernières années. La venger. Dans quelques jours. Sans même savoir s'il retrouverait après le goût du sommeil, le goût du rire, le goût d'aimer. Se venger. Froidement. Aller jusqu'au bout...

Sa fille était partie travailler. Il restait seul dans le minuscule appartement HLM. Deux semaines passées depuis qu'il avait été libéré. Entre eux, pas la moindre allusion à l'accident malheureux qui avait causé la mort d'une gamine. Et lui avait valu cette condamnation. Il était temps d'oublier tout cela. Il avait payé sa dette à la société. Ils étaient quittes. Le sommeil revenait. Le sourire aussi.
En attendant de trouver lui-même un boulot, qui lui permettrait de redevenir indépendant, il tâchait de se rendre utile en faisant un peu de ménage, en cuisinant, en remplissant le frigo... Là, il se permettait une courte pause en regardant « Les feux de l'amour », série à laquelle il avait pris goût pendant son long séjour en prison. Nikki était sur le point de dire oui pour la énième fois à Victor, quand retentit la sonnette de la porte d'entrée. L'homme s'extirpa du creux de son moelleux canapé en maugréant et alla ouvrir. Il se retrouva le nez contre un prospectus vantant les mérites d'un aspirateur hors du commun.
« Regardez monsieur ! intima une voix masculine derrière la feuille. Regardez bien ! Vous avez devant vous une petite merveille de technologie ! Le nec plus ultra des aspirateurs !  Regardez encore...»
L'ex-détenu ne pouvait pas détacher ses yeux de l'image. La feuille s'abaissa soudain et celui qui la tenait apparut dans son champ de vision, petit, grassouillet, victime d'une calvitie précoce au sommet du crâne, des yeux noirs fascinants derrière des lunettes rondes.
« Vous ne souhaitez pas en savoir plus ? Vous ne m'invitez pas à entrer ? demanda celui qui apparemment devait être un représentant.
- Mais... oui... entrez donc ! »
Le démarcheur sourit de toutes ses dents et emboîta le pas à son hôte....


© BLACKFOUNTAIN





19:17 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : suspens, vengeance